Froid aux yeux (John Sandford)

Hommage rendu à John Sandford avec « Froid aux yeux » polar américain sorti en 1991 qui fut le premier livre que je lus en 1999 à la faveur d’une initiative initialement destinée à meubler un service militaire et qui sans doute par sa qualité intrinsèque à contribué à mon regain d’intérêt pour la littérature.
Troisième d’une série entamée en 1989, « Froid aux yeux » se déroule à Minneapolis, grande ville du Centre-Nord des États-Unis dans laquelle la femme d’un médecin appelée Stéphanie Bekker, est assassinée chez elle à coup de bouteille.
Mais Carlo Druze, le tueur, un jongleur de cirque au visage défiguré par un accident domestique, est surpris par l’amant de Stéphanie, un blond grassouillet qui lui fait prendre la fuite.
Lorsqu’il rend compte au commanditaire du meurtre, le mari et médecin Michael Bekker de cet imprévu dans l’exécution du meurtre, le médecin comprend que l’affaire va être plus compliquée que prévu.
Dans le même temps, Del, le cousin de Stéphanie alerte son collègue policier Lucas Davenport de ce curieux assassinat pour stimuler son ami très perturbé par un divorce douloureux.
En réalité, Davenport sort d’une dépression qui la conduit aux limites du suicide et peine du haut de ses quarante ans à reprendre le dessus.
Ses difficultés se traduisent par des accès de violence lors de l’interpellation d’un jeune maquereau armé d’un long stylet, qui finit sévèrement tabassé et lui vaut de vivre les affres d’une enquête interne de la police.
Aiguillonné par son ami et par les lettres/appels téléphoniques de l’amant au pseudo de Bijou, Davenport se pique au jeu et entre de plein pied dans l’enquête.
Mais il a fort affaire car Bekker est un redoutable manipulateur, d’une grande beauté, consommateur frénétique de drogues (de préférence PCB et anti dépresseurs) et surtout fasciné par la contemplation de la mort.
Une enquête sommaire sur la passé de Bekker révèle de troubles histoires de décès suspects durant la guerre du Viêt-Nam et d’inquiétantes visites dans des hôpitaux ou séjournent des malades en phase terminale, comme Sybil Hart, une jeune femme complètement paralysée dont l'esprit encore conscient est régulièrement torturée par le maniaque.
Davenport a donc rapidement Bekker en ligne de mire comme suspect idéal d’autant plus que le médecin surprend par son comportement étrange, déroutant et son manque de compassion évident pour la mort de sa femme.
Le stratagème génial mis au point par le duo Druze-Bekker est d’intervertir leurs victimes afin de brouiller les pistes et de faire disparaitre toute trace apparente de mobile.
C’est ainsi que Bekker tue Armistead, la directrice du théâtre avec qui il était en conflit et qui menaçait de le licencier.
Le médecin trahit ici son obsession pour les yeux de ses victimes qu’il se croit obligé d’enlever afin qu’elles ne le hantent pas nuit et jour jusqu’à le faire devenir fou.
L’enquête de Davenport le fait se rapprocher de Cassie Lasch, une actrice de la troupe d’Armistead, habitant dans le même immeuble que Druze.
Cassie est une rousse à la musculature impressionnante qui séduit Lucas, parvenant à lui redonner confiance en lui en tant qu’homme.
Cette relation n’échappe pas à Druze, rendu nerveux par la présence policière et surtout l’existence de l’amant, source potentielle de délation.
La quête de l’amant agite effectivement la police qui soupçonne sans succès un psychiatre mais rend complètement fou Bekker, qui croit trouver son identité en la personne d’un professeur de droit que fréquentait sa femme en cachette, un dénommé Philipp Georges.
Bekker charge sans remord Druze d’accomplir la basse besogne de l’assassinat de Georges.
Armé d’une tige en fer affutée, Druze prend par surprise George et lui fracasse la tête.
Il abandonne son 4x4 à l’aéroport pour faire croire à une fuite et enterre le corps dans des sous bois hors de la ville.
Mais il oublie de faire les yeux, ce qui rend complètement hystérique Bekker qui force Druze à l’accompagner sur les lieux ou se trouve le corps afin de la déterrer pour l’énucléer.
Accompli sous une pluie battante, le travail est plus que laborieux et les allez et venues du duo finissent par donner l’éveil aux voisins, ce qui provoque une descente de police.
Le malheureux Georges est exhumé mais Lucas comprend que ce n’est pas l’amant de Stéphanie.
Il utilise alors ses contacts dans la presse pour diffuser l’information de la découverte du corps et stresser les criminels afin de les forcer à se découvrir.
Après le meurtre d’une femme dans un centre commercial afin de donner le change, Druze est identifié par un jeune garçon présent sur les lieux qui le compare au personnage principal du film « Darkman ».
Davenport loue la cassette (et oui nous sommes en 1991 !), la montre à Cassie qui a un flash, reconnaissant la démarche de son collègue Druze.
Malheureusement, Bekker rendu de plus en plus nerveux par ses contre temps a pris la décision de se radicaliser, et enlève Cassie, qu’il égorge juste avant de tuer Druze, devenu trop encombrant pour sa propre sécurité.
La mort de Cassie est un cauchemar pour Davenport qui voue alors une haine farouche à Bekker.
Davenport refuse de croire la version dans laquelle Druze serait le seul tueur, fait pression pour qu’on rassemble toutes les pièces du puzzle, l’exhumation du corps de enfants de l’hôpital tués par jeu par Bekker avec énucléation à la clé et interrogatoire de Sybil qui confirme par son témoignage muet et désespérée les velléités de tortionnaire du médecin fou.
De son coté Bekker bascule complètement dans la folie, se sentant pourchassé par le fantôme de Druze, augmentant de manière exponentielle sa consommation de drogues pour ne pas dormir et se résolvant finalement à aller au funérarium pour énucléer son ancien associé, seul acte pour lui amène de lui ramener un semblant de sérénité.
Bekker tombe de fait dans un piège tendu par Davenport qui avait établi la connexion entre Bekker, Druze et la manie d’énucléation.
Bekker est coincé et sévèrement tabassé par Davenport qui le défigure.
Mal en point, le médecin parvient néanmoins à lui susurrer qu’il aurait mieux valut le tuer …
De retour à la police, Davenport à la désagréable surprise de voir sa hiérarchie le lâcher, en raison de ses violences répétées et de ses liens trop étroit avec certains journalistes.
Forcé à la démission par son chef Daniel, il s’arrange pour lui faire comprendre sur le tard qu’il avait deviné qu’il était Bijou, l’amant de Stéphanie …
En conclusion, « Froid aux yeux » est une histoire de tueur en série classique, pas révolutionnaire mais diablement bien écrite et au suspens très efficace.
Si le cliché du policier entre deux âges, esseulé, radical et perturbé dans sa vie privée, reste tenace, le personnage du méchant, le redoutable docteur Bekker, atteint lui de véritables sommets de machiavélisme et de sombre fascination.
Si l’on excepte le personnage haut en couleurs de Bekker et celui également intéressant de Druze en victime de la société traduisant en violence sa souffrance et sa solitude intérieure, la principale qualité de « Froid aux yeux » reste sa construction brillante, ses scènes de meurtres chocs, puissamment amenées et le remarquable sens du rebondissement développé par Sandford.
Ces qualités indispensables à tout bon polar, font de « Froid aux yeux » un très bon représentant d’un genre populaire et quasiment indémodable.
Impossible donc de renier, toutes ses années après, mon choix initial… et obligation de renouveler ma sympathie et mon admiration à Mr Sandford.